|
JOURNEE 2006 DU SOUVENIR DE LA DEPORTATION
|
|
|
|
comme chaque année ; les enfants terribles ont participé à la cérémonie du souvenir de la déportation. cette année encore ; nous n'avons pas été autorisé à déposé notre gerbe en même temps que celle des autres associations présentes .Nous avons du attendre la fin de la cérémonie officielle pour la déposer voici le texte qui a été lu par notre vice-présidente Julie
Aujourd’hui, le 30 avril
1940…
Les homosexuels,
arrêtés pour infraction au paragraphe 175 du Code pénal
allemand qui réprime les relations "contre nature" entre
hommes, sont soit incarcérés soit transférés vers des camps de
concentration. L'objectif des nazis n'est pas, comme dans le cas
d'autres minorités, d'exterminer les homosexuels. Les nazis avaient
pour but de modifier par le chantage, la contrainte et la force si
nécessaire le comportement d'asociaux incapables de procréer et
susceptibles de corrompre la jeunesse du Reich.
Dans les camps nazis, les déportés
homosexuels doivent porter un triangle rose, pointe tournée vers le
bas, qui les identifie comme tels. La hiérarchie concentrationnaire
les place au plus bas de l'échelle sociale des camps. Ça ne leur
permet guère d'entretenir des relations d'entraide avec les autres
déportés et donc d'améliorer ainsi leurs chances de survie. Victimes
toutes désignées puisque déjà mises en marge de la société non
carcérale, les homosexuels sont astreints aux travaux les plus durs
et les plus dégradants. De fait, statistiquement, le taux de
mortalité de ces déportés est parmi les plus élevés des camps.
90 000 à 100 000 homosexuels ont été arrêtés entre 1933 et
1945, selon le United States Holocaust Memorial de
Washington.
10 000 à 15 000 d'entre eux ont péri dans l'univers carcéral et concentrationnaire nazi.
Après la guerre,
la très grande majorité des déportés homosexuels a disparu dans
l'anonymat. L'absence de reconnaissance officielle de cette
déportation spécifique, l'absence jusque dans les années
soixante-dix d'un militantisme homosexuel constitué, le silence des
intellectuels et le peu d'intérêt des chercheurs et des historiens
pour une question "qui n'existe pas"…Tous ont longtemps
occulté une réalité qui s'est peu à peu estompée dans la mémoire
collective.
En France, en
1982, Pierre Seel, confronté une nouvelle fois à
l'homophobie des institutions, décide de "rompre le silence" et de
témoigner de sa douloureuse expérience de déporté homosexuel.
Celui-ci est décédé le 25 novembre dernier et a fait avancer les
choses, en étant visible, en ayant osé.
Aujourd’hui, 30 avril 2006 je pose la question :
Faut-il considérer comme digne de mémoire et de respect la
déportation des uns. Faut-il considérer comme ignominieuse la
déportation des autres ?
On se demande s’il ne subsiste-t-il pas
entre les différentes catégories de détenus quelque chose de la
structure totalitaire de ce qu'étaient les camps de concentration
nazis…
Pendant des années, nous, les
homosexuels, qui souhaitions rendre hommage à nos aînés morts en
déportation avons été tenus à l'écart des manifestations
officielles. A plusieurs occasions, nos gerbes ont même été
piétinées par des délégations d'anciens déportés et des propos
ignobles, homophobes et indignes ont été prononcés à notre encontre.
J’ai eu honte ce
jour- là. Pour ceux qui ont prononcé ces mots fascistes, ceux-là
même qui se sont battus pour ne pas être des citoyens de seconde
zone, des français sous le totalitarisme nazi. Ce seraient ceux-là
qui nous traitent aujourd’hui de citoyens de seconde zone ? L’ironie
de la situation me ferait rire en d’autres circonstances.
Aujourd’hui, les
dépôts de gerbe des associations homosexuelles sont le plus souvent
dissociés de la cérémonie principale. A Paris et ailleurs comme ici,
cette cérémonie "subalterne" n'est autorisée qu'après le départ des
invités officiels, des représentants des autorités. Ailleurs encore,
les membres des associations homosexuelles ou sympathisantes sont
parfois violentés.
Il faut que cela
cesse.
La loi du 14 avril 1954, qui institue la Journée du
souvenir, dispose clairement que les "cérémonies officielles
évoqueront le souvenir des souffrances et des tortures subies par
les déportés dans les camps de concentration"
Il
ne peut y avoir deux poids, deux mesures.
La
loi de la République vaudrait-elle pour tous sauf pour les
homosexuels ?
Nous n’oublierons jamais de perpétuer le souvenir de ce génocide, c’est notre devoir.
Que les
différences ne soient pas la cause de génocides, que de telles
horreurs ne puissent jamais se reproduire. Tirer les leçons de
l'Histoire, c'est se garder pour le futur.
Je vous invite à
observer une minute de silence à la mémoire de l'ensemble des
victimes de la barbarie passée comme présente.
Julie Lepesqueux
|
|
|
|